Transmission des traumatismes familiaux

Qu’est-ce que nous entendons par « traumatisme familial » ?

Le traumatisme est souvent confondu à tort avec l’évènement qui peut le déclencher. Nous parlerons donc plutôt ici d’évènements potentiellement traumatogènes.

Le fait de subir un évènement potentiellement traumatogène ne prédispose pas forcément au traumatisme. Il s’agit d’une rencontre entre un évènement et un sujet.

Ce qui est capital pour le sujet c’est le contexte dans lequel intervient l’évènement. Un contexte qu’il nous faut analyser et donc il ne suffit pas de décoder un arbre généalogique en pointant un évènement grave pour affirmer que l’ascendant a été traumatisé et encore moins en conclure que le sujet qui consulte en porte le fardeau.

Le traumatisme psychique n’est donc pas l’évènement mais c’est l'ensemble des mécanismes de sauvegarde d'ordre psychologique, neurobiologique et physiologique qui peuvent se mettre en place à la suite d'un ou de plusieurs évènements générant une charge émotionnelle non contrôlée et dépassant les ressources du sujet.

Il s'exprime très souvent par un trouble de stress post-traumatique mais également par des troubles de l'humeur, troubles de la personnalité, troubles de l'alimentation, troubles anxieux généralisés, symptômes dissociatifs, troubles psychotiques aigus.

Et lorsque nous parlons de traumatisme familial, il s’agit d’un ou plusieurs traumatismes non résolus vécus par un ascendant et qui a entraîné des mécanismes de sauvegarde individuels et groupaux (groupe familial).

 

Qu’est ce qui se transmet vraiment ?

Il existe une différence importante entre ce qu’a vécu le parent et ce que va vivre le descendant. Le sujet face à l’évènement va mettre en place des défenses psychiques pour survivre à l’effraction psychique qu’a créé l’évènement. Ce n’est pas l’évènement en tant que tel que nous risquons de rencontrer dans la descendance mais bien les effets du trauma vécu par l’ascendant.

Le groupe familial pour faire face à la tempête et éviter l’implosion peut aussi mettre en place des défenses groupales (pour éviter la honte faire un secret ou transformer la réalité, créer des exclusions (bannir certains membres), des ruptures avec une partie de la famille, se replier et éviter au maximum les contacts avec les étrangers…

Et ce sont ces défenses qui généralement vont avoir une influence sur le descendant. Un parent traumatisé risque de transmettre son agitation, son anxiété, son imprévisibilité renforçant l’insécurité de l’enfant et créera en lui un sentiment d’étrangeté qui risque de mobiliser son investissement psychique.

 

Pourquoi cette transmission opère-t-elle ?

Nous nous construisons dans une intersubjectivité, d’abord dans une altérité, avec un autre qui par sa présence aimante et ses échanges  affectifs, va circuiter notre cerveau. Un parent traumatisé sera beaucoup moins présent émotionnellement et psychologiquement et moins rassurant car il va renvoyer à l’enfant des contenus étranges ne reflétant pas l’interaction avec l’enfant. Le parent sera face à l’enfant, traversé par sa souffrance, sa déprime, ses angoisses et l’enfant va ingérer ces contenus étrangers , des émotions qu’il ne pourra lier à l’échange en cours et qui l’encombreront, créant une insécurité. Sans sécurité préalable il est très difficile d’apprendre et se structurer. Plus le parent est souffrant, plus l’enfant a face à lui un miroir déformant. Et plus le nourrisson va avoir un rapport à son corps perturbé par ces émotions très lourdes qu’il a capté sans pouvoir les traiter, raisonner prendre de la distance. C’est en lui que ça se passe, c’est à lui que ça arrive dans une scène incompréhensible. N’oublions pas que nous nous voyons comme nous avons été vu, nous nous sentons comme nous avons été sentis, nous nous écoutons comme nous avons été écoutés. Si on ne peut pas se sentir, si on ne peut pas se voir ou si on ne s’écoute pas…vous voyez ce que je veux dire !

Dans l’enfance, des contenus énigmatiques passerons aussi par des mots lourds d’émotions, des changements brutaux d’humeurs, de l’imprévisibilté chez le parent. Des sur-réactions face à un contenu médiatique (film, infos…), des silences glacés quand on évoque un sujet sensible pour le parent comme par exemple parler de sa propre enfance, de ce qui a été douloureux. L’enfant apprend alors à ne plus questionner ces sujets. Je reçois des patients qui ne savent rien de la vie de leurs parents parfois. Ce sont des parents sans histoire ! Le patient souffre et ne sait pas de bien de quoi, n’a rien vécu de dramatique dans sa vie et ses parents semblent avoir traversé leurs vies sans malheurs ou souffrance !

Les transmissions des effets traumatiques, peuvent se faire à bas bruit. Dans le quotidien. Nos parents nous présentent et expliquent le monde et la vie. Ils nous donnent leurs représentations du monde bien avant que nous soyons en mesure de nous faire une opinion. Ils colorent le monde en fonction de ce qu’ils ont connus, de leurs peurs, de leurs pensées inquiètes, de leurs jugements…et tout ceci va bien sûr dépendre de ce qui les a fait souffrir. Ils nous lèguent très tôt leurs héritages à travers des règles verbales que nous intégrons sans les remettre en question. Ces règles verbales sont précieuses souvent puisqu’elles nous permettent de connaître les dangers sans avoir à en faire l’expérience personnelle. Cependant, un adulte traumatisé va souvent développer une tendance massive au contrôle de son environnement pour tenter d’échapper à sa grande anxiété et créer chez son enfant des peurs, des incapacités à vivre spontanément et en toute insouciance. Celui-ci aura alors un accès inquiet au monde.

 

Qu’est ce qui peut nous indiquer qu’un sujet est impacté par la transmission de traumas familiaux irrésolus ?

Des signes doivent retenir notre attention :

  • Les ruptures familiales importantes ou une vie clanique
  • Quand les parents ne racontent pas leur histoire
  • Quand on ne peut échanger au sein de sa famille des contenus émotionnels (ce qui nous tient à cœur..) et que les échanges restent le plus souvent superficiels.
  • Quand les parents affichent une vie lisse, sans histoire et que leur enfant va très mal (idées suicidaires, addictions multiples…) créant une situation incompréhensible pour l’entourage
  • Quand le sujet vit des souffrances fortes qui ne peuvent s’expliquer à travers son parcours de vie

Les effets des transmissions vont se révéler de plusieurs manières. En général ce sont ces effets qui poussent à consulter. Je peux les regrouper en trois grandes manifestations :

  • Le syndrome anniversaire (avec des manifestations très bruyantes, des symptômes forts et incompréhensibles pour le sujet)

Disons que chaque âge de l’enfant renvoie son parent à ce qu’il a vécu au même âge. Si cet âge de l’enfant correspond à l’âge qu’avait le parent quand il a connu un drame, alors un phénomène apparait que l’on nomme le syndrôme d’anniversaire. Quelques mois avant que l’enfant atteigne l’âge clé pour le parent, celui-ci va commencer à se comporter de manière étrange, va ressentir énormément d’anxiété, va s’agiter et plonger le groupe famillial en insécurité sans pouvoir nommer ce qu’il se passe. L’enfant risque alors de faire une décompensation somatique comme j’ai pu déjà l’évoquer dans d’autres conférences. Un enfant qui tout à coup ne peut marcher sans pour autant souffrir d’un problème physique, ou déclencher un trouble anxieux massif etc.

Ce syndrome d’anniversaire (atteindre l’âge qu’avait un parent quand il a connu un drame) fonctionne tout au long de la vie.

  • Les répétitions de schémas toxiques (De manière apparemment implacable, on rejoue les mêmes séquences sans se rendre compte de notre implication forte).
  • Un sentiment d’étrangeté (spectateur de sa vie, décalage avec la réalité, sentiment d’être possédé par un comportement qui ne nous appartient pas)

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